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Nouvelles de ClubLink

Tournoi majeur ou pas?

08 MAY 2018

L’ancien commissaire du PGA TOUR Tim Finchem qualifiait le Championnat de Joueurs de «cinquième tournoi majeur», mais il ne suffit pas de le dire pour que ce soit vrai. On y voit le tableau le plus relevé de l’année s’affronter sur un parcours légendaire, mais…

Par Peter Mumford

Chaque année, le plus fort contingent de golfeurs professionnels se rassemble au TPC Sawgrass pour se disputer l’une des plus généreux prix du PGA TOUR et obtenir ce qui pourrait devenir un jour l’un des titres les plus prestigieux du golf.

Le Championnat des Joueurs possède tout le lustre et l’effervescence d’un tournoi majeur: les joueurs planifient leur saison autour de l’évènement; les télédiffuseurs le traitent avec la même déférence que le Tournoi des Maîtres; les amateurs de golf l’inscrivent à leur calendrier comme étant l’un des rares incontournables de l’année.

Le TPC Sawgrass présente en soi un défi génial. Pete Dye devait se sentir dans une forme très diabolique quand il a conçu ce parcours qui ne favorise aucun type de golfeur en particulier, mais les traite tous sur un même pied d’égalité brutale. Et c’est ce qu’on recherche comme site pour un championnat majeur.

À ce jour, toutefois, ailleurs que dans l’esprit de l’ancien commissaire du PGA TOUR Tim Finchem, le Championnat des Joueurs n’est pas officiellement un majeur.

Il y aurait pourtant plusieurs raisons qui pourraient lui valoir le statut de «majeur». Outre les qualités évidentes citées plus haut, le fait de remporter ce tournoi donne au vainqueur un prestige qui va bien au-delà des autres titres plus «ordinaires» du circuit. Le champion obtient un laissez-passer de cinq ans sur le PGA TOUR (comme pour les majeurs), alors qu’une victoire en circuit ordinaire ne vaut qu’une exemption de deux ans. De plus, le vainqueur de ce championnat reçoit une exemption de trois ans pour participer aux tournois majeurs.

Ce prestige se reflète également dans la sélection au Temple de la renommée du golf. Même si le titre du Championnat des Joueurs n’a pas le poids d’un titre majeur, il est presque toujours souligné comme notable sur le CV d’un golfeur et l’on peut imaginer qu’une ou deux victoires à ce championnat, ça influence les votes.

Certains récents intronisés au Temple de la renommée du golf mondial n’auraient peut-être pas mérité leur consécration sans une ou deux victoires au Championnat des Joueurs. Selon ses statistiques générales, par exemple, Fred Couples n’était qu’un candidat marginal pour le Temple si l’on n’avait pas tenu compte de ses deux gains au Championnat. David Love ne détenait aussi qu’un seul titre majeur, mais ses deux victoires au TPC Sawgrass ont fait pencher la balance de son côté.

Ce qui importe sans doute le plus pour que l’on songe à faire du Championnat des Joueurs un tournoi majeur, c’est ce qu’en pensent les joueurs eux-mêmes. Cette compétition, c’est la leur. C’est le seul tournoi que le PGA TOUR possède et administre en totalité, et le PGA TOUR, c’est leur circuit. La USGA organise l’Omnium des États-Unis; le R&A tient l’Omnium britannique; l’Augusta National détient et administre le Tournoi des Maîtres; et le Championnat de la PGA appartient à la PGA d’Amérique. Le Championnat des Joueurs appartient aux joueurs.

Mais alors, qu’est-ce qui empêche ce tournoi d’être majeur?

D’aucuns soutiendront qu’il y a toujours eu quatre tournois majeurs et que ça ne doit pas changer. Mais ce concept de tournoi majeur est le fruit de l’imagination de deux journalistes de golf, Bob Drum et Dan Jenkins qui, en 1960, ont commencé à parler d’un Grand Chelem du golf regroupant ces quatre tournois aujourd’hui qualifiés de majeurs. Avant eux, l’historien du golf O.B. Keeler avait inventé le terme «quadrilatère imprenable» pour saluer l’exploit accompli par Bobby Jones en remportant les championnats amateurs et les omniums des États-Unis et de la Grande-Bretagne en 1930.

L’idée voulant que le golf ait toujours eu quatre majeurs n’est en fin de compte que du révisionnisme moderne. Quand Archie et Angus frappaient leurs plumeuses sur les landes écossaises, il n’y avait pas de majeurs, seul le golf existait.

Cette fixation sur le nombre quatre vient peut-être de la crainte de voir un cinquième majeur, suivi d’un sixième, puis d’un septième, et où cela va-t-il s’arrêter? La LPGA a de son côté ajouté un cinquième majeur en 2013 quand le Championnat Evian est arrivé. Certains n’y ont vu qu’un riche commanditaire s’achetant une place au sein des majeurs, car Evian ne bénéficiait d’aucun antécédent sur le Circuit de la LPGA. Mais l’entreprise commanditait déjà un tournoi majeur du Circuit féminin européen et n’était pas sans pedigree à ce chapitre. Il y a quand même eu des puristes pour s’élever contre un cinquième majeur, tandis que le reste du monde golfique s’en fichait éperdument.

Le Circuit des Champions de la PGA a aussi ses cinq tournois majeurs – quatre en parallèle avec le PGA TOUR et le Championnat des Joueurs séniors. C’est choquant, je le sais, mais ça ne semble pas avoir bouleversé la planète, non plus.

Nous vivons une ère de statistiques et de records. Un des arguments contre l’accession du Championnat des joueurs au rang de majeur est le fait qu’il faudrait alors réécrire l’histoire. Les anciens champions Jodie Mudd, Tim Clark et Stephen Ames obtiendraient-ils soudain un titre majeur à leur crédit? Rickie Fowler et Matt Kuchar perdraient-ils le titre de meilleurs joueurs n’ayant jamais remporté un tournoi majeur? L’écart de titres majeurs entre Jack Nicklaus et Tiger Woods passerait-il à cinq parce que Jack a un Championnat des joueurs de plus que Tiger à son actif?

Ça n’a pas d’importance. Quand Hogan Snead et Nelson remportaient des Masters dans les années 1940 et 1950, ils n’y voyaient pas des titres majeurs. C’est venu des années plus tard quand les historiens du golf moderne ont commencé à poser des étiquettes.

N’importe que circuit peut qualifier de majeur n’importe quel tournoi en fonction de la richesse de la bourse ou de la puissance du tableau, ou pour toute raison jugée acceptable, mais en fin de compte, l’histoire donnera l’importance qui convient à chaque compétition et jugera chacune à la valeur des champions qu’elle produit et au prestige qui l’entoure. Selon toute mesure raisonnable, le Championnat des Joueurs mérite déjà son statut de majeur.

Alors, disons les choses telles qu’elles sont : le Championnat des Joueurs est un tournoi majeur.

 

Peter Mumford est rédacteur en chef de Fairways Magazine. Suivez-le sur Twitter @FairwaysMag.